Des ébauches, des copeaux, des sacs de sciure, et du bois à perte de vue, bienvenue dans le charmant atelier de Victor, tourneur sur bois ! Manora a eu le plaisir d’aller à la rencontre de cet artisan jovial et généreux.

Portrait de Victor, artisan tourneur de boisCréateur de l’atelier Art Boisé, Victor réalise entièrement à la main des bols, des mortiers, des bougeoirs, des luminaires et même quelques bijoux… Bref, il s’attaque à toutes les formes et tous les usages pour laisser parler sa créativité et son savoir-faire !

Son identité ? Prendre le contre-pied des usages traditionnels autour du tournage sur bois tant dans la fonction des réalisations que dans les techniques appliquées. Il réalise ainsi beaucoup de pièces utilitaires et cherche l’usage de l’objet là où le bois est généralement plutôt exploité en décoration. Il se rapproche ainsi paradoxalement des fonctions premières du bois tourné, qui fut un des premiers matériaux utilisés pour la vaisselle, mais avec l’ambition de moderniser cet usage pour le remettre au goût du jour.

En un (enfin deux) mot, l’inspiration de Victor, c’est donc le décalage et l’innovation. Il avoue lui-même s’inspirer de ce qui a déjà été fait pour trouver justement là où il va pouvoir apporter un nouveau regard, une nouvelle interprétation, une nouvelle façon de travailler le bois. « Chercher des choses uniques, c’est le challenge, dans un exercice contraint par le tournage, qui… tourne en rond. », résume-t-il lui-même, s’inscrivant dans une longue tradition de penseurs selon lesquels la créativité est sublimée par la contrainte. On peut par exemple se rappeler d’un Baudelaire qui écrivait à propos du sonnet dans une lettre à Armand Fraisse « Parce que la forme est contraignante, l’idée jaillit plus intense ! ».

 Et ce concept certes poétique, en pratique ça donne quoi ? Pour illustrer son côté novateur, Victor nous a présenté des pièces brûlées par friction, une technique utilisée pour teindre le bois et faire ressortir les nuances entres les veines du bois en le brûlant.

Cette technique courante consiste à faire tourner très vite une pièce de bois sur son tour et la faire entrer en « friction » avec la pièce que l’on veut teinter. La vitesse et la friction entre les deux pièces permettent en effet de brûler le bois et ainsi de le teinter. Traditionnellement, les tourneurs frictionnent le bois de façon homogène là où Victor préfère travailler par couche, un peu comme s’il jetait de la peinture sur la pièce alors qu’en fait les touches de couleurs qui apparaissent sur le bois sont le résultat de sa singulière méthode pour brûler le bois par friction.

coupelle en bois de chêneCet amoureux du bois utilise le plus possible du bois indigène qu’il va chercher lui-même dans les forêts. Il tient à minimiser les apports externes et à optimiser ses réalisations en choisissant d’emblée le bois qui lui conviendra le mieux. Il faut de gros troncs pour faire du creusage pour les bols en bois par exemple.

Il affectionne donc particulièrement le travail des essences de bois de sa région, l’Orléanais. Chêne, aubépine, boulot, robinier mais surtout frêne et noyer sont ses matières de prédilection. Le noyer pour son odeur particulière et son grain aux mille et une nuances de couleurs et de textures. Le frêne pour le contraste entre ses veines, dures et tendres, qu’il peut texturer de différentes manières : il tourne d’abord la pièce, puis une fois finie, la brosse, ce qui creuse les veines tendres et permet d’augmenter le contraste entre les différentes parties du bois.

Si Victor affectionne autant le bois et les savoir-faire qui y sont associés c’est parce que leur combinaison permet d’obtenir des pièces uniques, aussi uniques pour les petites imperfections qui leur sont propres et qui font toute l’authenticité et le charme du tournage.