Luxueux, doux, rare, exotique. Les qualificatifs ne manquent pas à l’évocation du cachemire, cette matière introduite en France seulement depuis le XIXème siècle et qui a su s’imposer comme objet de convoitise.

Manora vous propose aujourd’hui de découvrir les secrets de fabrication de cette matière venue d’ailleurs grâce à l’éclairage apporté par Arushi&Gabriel.

Il était une fois une chèvre 

Originaire de la région du même nom, le cachemire est la fibre portée par la chèvre vivant dans les hautes montagnes de cette région indienne. La chèvre cachemire se sépare de son manteau à la fin de l’hiver et les artisans cachemiriens peignent alors la chèvre pour en recueillir la fibre.

Il existe plusieurs fibres de cachemire. La fibre classique, d’une taille comprise entre 15 et 20 microns, pour un fil donc 4 fois plus fin qu’un cheveu, qui est utilisée pour la plupart des confections en cachemire.

Mais il en existe aussi une version plus précieuse, le pashmina qui vient de la chèvre Changthangi et dont la taille de la fibre est inférieure à 14 microns (soit 0,014 mm !). Le pashmina est donc un fil très fin, fragile, difficile à tisser mais il est également bien plus doux et résistant dans le temps.

Division du travail cachemirienne : chacun sa place et les chèvres seront bien gardées ! 

Lors de notre rencontre avec Arushi et Gabriel, nous avons cerné tout l’enjeu de cette matière aussi rare que difficile à travailler ! De l’élevage de la chèvre au travail de tissage, chaque étape du processus de fabrication d’une pièce en cachemire influe sur la matière et peut l’altérer : les qualités de cachemire peuvent ainsi être très variables…

Pour garantir la qualité du cachemire utilisé pour leurs collections, Arushi et Gabriel ont rencontré de nombreux fournisseurs pendant près de deux ans. Leur choix s’est finalement arrêté sur l’homme qui détient le record du monde de la production de la fibre de cachemire la plus fine, rien de moins !

Une fois le fournisseur choisi, la production peut être lancée ! À l’exception près qu’ici production ne rime pas mais alors pas du tout avec industrialisation… Le fournisseur est en fait en relation avec différents villages du Cachemire au sein desquels la production s’organise. Chaque maison est une entreprise familiale, un atelier de création au sein duquel les tâches sont réparties. Les femmes travaillent la fibre pour en faire une bobine de fil puis les hommes prennent le relais et tissent le fil sur des métiers à tisser en bois.

Elle bout, elle bout la couleur…

Une fois la pièce tissée en fibre naturelle le travail est loin d’être fini… Reste encore à appliquer la ou les couleurs qui donneront à la matière un pigment intense et singulier.

Là encore la technique utilisée ne pourrait être plus éloignée du procédé industriel ! Pour obtenir une teinte unie, on mélange des pigments naturels à de l’eau bouillante puis on y fait tremper le tissu qui s’imprègne de la teinture.

Pour obtenir des motifs plus complexes comme ceux proposés dans la collection de carrés d’Arushi&Gabriel, le processus est bien plus délicat. Une fois qu’on a fait bouillir la fibre dans une couleur naturelle pour obtenir la couleur de base du tissu, il faut encore réaliser ce qu’on appelle le « screen printing ». D’abord, il faut dessiner le motif que l’on souhaite appliquer sur la matière et choisir en amont la couleur que l’on souhaite appliquer pour chaque partie du motif. Puis, des pochoirs correspondants à ces différentes parties sont réalisés puis posés sur le tissu. C’est ensuite couche par couche que chaque couleur est appliquée. Sur un carré de pashmina où l’on souhaite appliquer 10 couleurs par exemple, l’artisan aura donc 10 couches à appliquer successivement ! Ce travail de longue haleine est un exercice périlleux : si le pochoir est mal placé, les couleurs risquent de se mélanger et de dénaturer le motif initial… Plus d’un mois peut ainsi s’écouler entre la première étape de fabrication et cette ultime étape de teinture !

La fabrication de pièces en cachemire selon les usages cachemiriens traditionnels n’a désormais plus de secret pour vous ! Et l’on comprend mieux l’engouement général pour cette matière qui, en plus d’être douce et élégante, résulte du savoir-faire hors pair…