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Patrizia Rovere est une passionnée qui crée des céramiques d’exception. Manora a eu le privilège de découvrir cette artisan céramiste montalbanaise amoureuse de la terre et du feu au savoir-faire tout droit venu du Japon.

Patrizia Rovere, artisan d'artDepuis son plus jeune âge, Patrizia est fascinée par la terre. Elle aime la toucher, l’acheter, la découvrir au détour de voyages. En 2009, pour son anniversaire, son mari lui offre un stage de céramique et c’est ainsi que pour la première fois, elle passe de l’autre côté du miroir et se met à façonner la matière. Ce stage est une révélation. « Un peu comme Obélix, je suis tombée dedans. », nous confie-t-elle rieuse. Mais c’est aussi et avant tout, une rencontre. Ou deux. D’abord, une rencontre avec Rizü Takahashi, céramiste japonais, installé en France depuis 2004 et maître de stage de Patrizia. Ensuite une rencontre avec la matière, la terre, ce matériau complet, doux et même « féminin » selon Patrizia, un matériau qui se laisse travailler de mille et une façons. « 2h par semaine ce n’était pas assez. Je me rendais au stage tous les jours et j’ai rapidement compris que je voulais me reconvertir, que ce n’était pas un passe temps mais une vocation. »  

« Sans la cuisson, la céramique n’existe pas. La cuisson est donc extrêmement intéressante, c’est un mélange de terre et de feu, le feu devient transformateur de la matière. La terre et le feu sont vraiment indissociables. »

Rizü est pour elle une rencontre comme on en fait rarement dans une vie. Elle en adopte les techniques bien particulières, des techniques de tour et de four japonaises. Elle apprend ainsi à tourner la terre sur un tour japonais, un tour manuel que l’on fait tourner soit même à l’aide d’un bâton. Elle préfère cependant désormais s’adonner à la technique du colombin dans laquelle elle voit plus de liberté pour le céramiste. « Avec le tour, on peut faire beaucoup de choses mais on est toujours contraints par cette base arrondie. Avec le colombin, on construit, on monte la pièce, petit à petit. » 

Pièce artisanat d'art grès blanc-cuisson AnagamaRizü la forme également à la technique du four japonais. Un four très différent des fours de céramistes traditionnels puisque c’est un four alimenté au bois ! Et c’est surtout un four que, comme Rizü, Patrizia a construit elle-même ! Ce four, c’est le four anagama. La cuisson se fait ainsi avec de la cendre naturelle, il n’y a pas d’émail. Cela signifie également que c’est au céramiste de réalimenter son four en bois durant toute la durée de cuisson soit 4 jours et 4 nuits ! Durant ces 96 heures, 4 équipes de 2 personnes se relaient toutes les 6 heures pour alimenter le four. Ça commence comme un feu de camp, il faut se débarrasser entièrement de l’humidité avant d’atteindre le stade critique de 575°C sinon, s’il reste de l’eau, les pièces explosent… Puis, lorsque le four atteint 1280°C, la cendre fond et vient se déposer sur la terre comme le ferait l’émail. De temps en temps, Patrizia ferme toutes les entrées du four pour y faire entrer le moins d’oxygène possible, et le feu cherche alors l’oxygène là où il peut. Étant donné qu’il y a des molécules d’oxygène dans la terre, le feu va la pénétrer c’est ce qui va donner une coloration à certaines parties de la pièce : c’est ce qu’on appelle la réduction. De la même façon, si la pièce semble vitrifiée, c’est encore une fois le résultat 100% naturel de la rencontre du feu et de la terre : lorsque la terre contient de la silice (comme du verre en fait) cela donne une couleur brillante à la cendre.

« À un certain point, l’Homme n’intervient plus, c’est le feu qui agit. L’Homme n’est là que pour l’accompagner, c’est aussi cette liberté des éléments qui me plait. »

C’est pourquoi pour Patrizia, la cuisson est partie intégrante du travail de la terre. « Sans la cuisson, la céramique n’existe pas. La cuisson est donc extrêmement intéressante, c’est un mélange de terre et de feu, le feu devient transformateur de la matière. La terre et le feu sont vraiment indissociables. » C’est finalement l’union vivante de 2 des 4 éléments constituant le monde dans un spectacle émouvant pour Patrizia et pour tout observateur sensible. C’est cet attachement égal au feu et à la terre qui baptise l’atelier de Patrizia : « Entre terre et feu ».

Vase d'artisanat d'art technique du four anagama

Ce choix de cuisson guide également le choix de la matière qui doit nécessairement être une terre de haute température, cuite entre 1280 et 1300°C, car c’est à cette température que la cendre fond et peut ainsi se déposer sur la matière. Patrizia travaille donc essentiellement le grès haute température sur lequel se dépose la cendre au gré du four. C’est ce qui rend chaque pièce de Patrizia unique, la cendre imprègne la terre de façon complètement aléatoire. « À un certain point, l’Homme n’intervient plus, c’est le feu qui agit. L’Homme n’est là que pour l’accompagner, c’est aussi cette liberté des éléments qui me plait. »

Une liberté que l’on retrouve jusque dans les inspirations de cette céramiste passionnée. Si elle préfère les pièces décoratives à l’utilitaire et qu’elle s’adonne de temps en temps à la sculpture, il y a néanmoins une ligne directrice entre ses différents univers. Patrizia est toujours à la recherche de la singularité, de ce qui va rendre une pièce unique et différente des autres, sa démarche se rapproche finalement beaucoup de celle de l’artiste.

L’inspiration de Patrizia, c’est une rencontre entre la nature et elle-même, ce qui la caractérise, ce qu’elle est. Il y a par exemple une rondeur dans ses pièces qui sera toujours présente car c’est une rondeur qui fait partie d’elle, c’est un morceau de sa personnalité indissociable de ses pièces. « J’ai beau être capable de voir de la beauté dans des pièces anguleuses, je ne serais pas capable d’en réaliser moi-même, ce n’est pas moi. » La nature, quant à elle, ne peut pas ne pas inspirer le céramiste. « On n’a pas vraiment le choix dans l’inspiration. Quand on se balade dans la nature on se rend compte que tout existe, tout est là, on n’invente rien. Que ce soit la forêt, le bord de mer, quand on observe, tout est là. Donc forcément on s’inspire de ça. Et cette forme qui va vous plaire vous la mettez à votre image. » La pièce résulte ainsi de la rencontre entre l’être personnel et la Nature.

Pot en céramique artisanat d'art 2

Patrizia apprécie également le fait de ne pas avoir une inspiration arrêtée. Elle a commencé par dessiner ses pièces mais s’est rendue compte que le résultat n’était jamais ce qu’elle avait pensé avec son premier dessin car lorsqu’on crée, il arrive ce décalage entre l’idée imaginée et l’idée figurée dans le réel, on se rend compte que finalement ça ne nous plait pas. « Alors on déconstruit, on enlève ci, on coupe ça, puis à un moment on le voit, on voit que ça nous plait. Alors on repart là dessus. C’est aussi dans la création que l’inspiration se développe. La pièce elle-même nous emmène quelque part. » 

Dernière étape émouvante pour Patrizia, la rencontre avec le client. « On me demande parfois si j’ai du mal à me détacher de mes pièces. Mais lorsque quelqu’un achète une pièce, c’est un véritable coup de cœur, il y a quelque chose qui se passe, comme une vibration. Je suis donc très heureuse de savoir que ma pièce part chez quelqu’un qui va l’apprécier. »

Déjà à la Rome Antique, Sénèque notait que « toute jouissance qui n’est point partagée perd sa douceur. » Et c’est aussi ça le bonheur de Patrizia. Partager avec le public en montrant son four, en racontant l’histoire de ses pièces, en créant une relation entre nous et elle.

Nathalie Céramiques est une marque de pièces d’art de la table, luminaires et décoration en porcelaine. Sa créatrice est une inconditionnelle de cette matière dont elle nous révèle toute la profondeur.

Si Nathalie commence par travaille le grès, sa rencontre avec la porcelaine est un véritable coup de cœur. Cette matière l’enchante et l’anime. Et lorsque l’on échange avec elle, on ne s’y trompe pas, Nathalie est une vraie passionnée. « Celui qui est capable de ressentir la passion, c’est celui qui peut l’inspirer. », écrivait Marcel Pagnol. Je lui emprunte volontiers son propos pour parler de Nathalie dont le simple discours vous transporte immédiatement dans son amour pour la porcelaine.

La matière n’a jamais autant été au cœur de la création. La sublimation de la matière devient une fin en soi. Exprimer tout ce qu’elle a de sensuel, de translucide, de candide et de pur, voilà l’unique dessein de cette amoureuse de la porcelaine.

« La porcelaine est une petite princesse capricieuse. Il faut la traiter avec attention et douceur, aller à son ryhtme, être patiente. »

La façon dont elle travaille la matière est son premier témoin : elle n’applique que des émaux transparents, le plus souvent à l’intérieur de la pièce plutôt qu’à l’extérieur. C’est à dire qu’elle n’applique aucune nouvelle couleur sur la matière dans le but de valoriser purement et entièrement la blancheur de la porcelaine. « Les tons du grès vont du beige au brun. Pour la porcelaine, on va du blanc au blanc. Ce serait dommage de perdre la translucidité qui rend la porcelaine si fascinante. »

On ne trouvera donc que très peu de couleurs dans les collections de Nathalie qui, lorsqu’elle les introduit, le fera toujours avec subtilité, par petites touches, en réalisant notamment ses décors à l’engobe, c’est à dire en mélangeant de la porcelaine humide avec de l’eau et du colorant ou des oxydes au moment du séchage, lorsque la porcelaine a la consistance cuir.

Pour concevoir ses créations, Nathalie aime s’inspirer des styles de décoration contemporain et Art Déco, des nouveautés design. Elle esquisse parfois des croquis des pièces qu’elle souhaite réaliser mais là encore, c’est la matière qui a le dernier mot et qui guide sa créativité, comme si la porcelaine et sa main travaillaient à l’unisson. Autodidacte, la créativité prend donc le pas sur l’académique pour donner vie à ses pièces, ses mains prennent de la liberté dans la réalisation qui fait finalement partie de la démarche créative qui n’a pas lieu avant la réalisation mais en même temps.

Photophores en porcelaineAttachée aux arts de la table, c’est aussi la projection dans la fonction qui va guider son geste. « Parfois, je tourne une pièce parce que j’imagine qu’elle sera utilisée comme ci ou comme ça. ». Mais les nouvelles pièces qui sont au cœur de la création de Nathalie, ce sont les luminaires qui permettent de révéler toute la translucidité de la porcelaine et de jouer avec la lumière. La translucidité de la matière est tout à fait hypnotique pour la céramiste qui trouve un réel plaisir à travailler cette matière paradoxale : « elle est agréable à l’œil, elle a un côté délicat avec sa transparence mais pourtant ce n’est pas du tout synonyme de fragilité, la porcelaine est une matière solide. »

La matière étant toujours à l’honneur dans ses créations, c’est donc un style épuré qu’elle adopte. Cette simplicité dans la forme demande de la rigueur dans l’exécution et lorsque sa main sent que l’on sort de ce côté épuré, elle s’arrête. Comme instinctivement. C’est la patte de l’artiste.

Vous l’aurez compris, Nathalie aime travailler la porcelaine. Cela n’en rend néanmoins pas le travail moins délicat car « la porcelaine est une petite princesse capricieuse ». Travaillée au tour, les aléas apportent de l’irrégularité, travaillée en plaque la matière risque de se fissurer si les étapes de séchage ne sont pas bien respectées. Mais c’est cette irrégularité et ce risque qui apporte tout le charme et qui rend la collection vivante pour cette amoureuse inconditionnelle.

Son métier demande de la passion et de la rigueur. Il faut être présent à l’atelier quotidiennement même le week-end car la matière n’arrête pas de vivre et d’évoluer lorsque l’on s’absente. Patience et exigence sont les maîtres mots de cette artisan-céramiste, des mots dénués de négativité car ils sont la clé pour obtenir des créations qui « émerveillent les gens. » La dizaine d’étapes nécessaires à la confection d’une pièce n’est donc pas un obstacle pour Nathalie qui perfectionne son procédé avec minutie pour accroître l’expérience de la personne qui utilise ses créations. Elle va notamment poncer l’extérieur de la pièce pour la lisser et augmenter le velouté du toucher au contact de la matière. « C’est une vraie expérience sensuelle, un moment de plaisir et de bonheur. »

Pour Nathalie, son métier est un métier de liberté, sa pensée est libre dans la création, sa main est libre dans son contact avec la matière.

Son bonheur, Nathalie le tire aussi du partage de sa passion. Ses pièces sont empreintes de la valeur sentimentale qu’elle leur accorde et c’est avec un réel plaisir qu’elle présente ses pièces. « C’est extrêmement gratifiant quand on a créé quelque chose, de voir son travail et sa créativité reconnus, de voir les gens en tomber amoureux et de savoir qu’ils vont les utiliser. »