Il était une fois le bijou. Ou plutôt les. Boucles d’oreilles, colliers, bagues, bracelets… De la tête au pied (mention spéciale pour la bague d’orteil), les hommes et les femmes sont tombés amoureux de ces ornements qui embellissent et permettent d’affirmer son style. Mais à quand remonte cette romance entre les Hommes et le bijou ? Manora vous propose de retracer l’histoire du bijou à travers 4 histoires d’amour insolites qui viennent illustrer la relation de l’Homme au bijou à travers le temps.

L’Antiquité : de la virilité à la fertilité

Le noeud d’Héraclès, une promesse d’amour éternel

Si on reconnaît aux bijoux une histoire ancestrale (les plus anciennes parures découvertes ont plus de 100 000 ans !), c’est bien à l’Antiquité que l’histoire du bijou prend un tournant décisif dans sa relation avec l’Homme : c’est l’apparition du métal puis de l’or qui donnent lieu à l’accélération du développement des techniques d’orfèvrerie.

Et déjà alors la symbolique et le romantisme viennent s’immiscer dans l’histoire du bijou… Héraclès, que la réputation précède et qu’il a honorée par ses 12 travaux, était symbole de force par excellence mais pas seulement… Avec sa descendance estimée à plus de 70 enfants, il incarne aussi la fertilité ! Le « nœud d’Héraclès » devient alors un symbole matrimonial  incontournable : d’abord utilisé pour nouer les robes des jeunes femmes lors de leur mariage pour n’être défait que par leur époux sur le lit nuptial, le nœud d’Héraclès s’impose également comme motif pour les premières bagues offertes en gage d’amour.
 

Moyen Âge et Renaissance : un bijou plus pieux ?

Raphael, La Fornarina, 1519

Alors que la provenance des bijoux devient difficile à tracer, échangés dans une danse fluide entre les différentes cours à l’internationale, la créativité et l’évolution des modes restent plutôt statiques. Deux raisons majeures l’expliquent : d’abord les bijoux sont plutôt réservés aux classes sociales supérieures et codifient les statuts sociaux : plus l’individu est riche et influent, plus les parures sont travaillées et les matières précieuses. Mais surtout, c’est l’influence religieuse qui se retrouve dans toutes les créations. Sous le sceau de l’Eglise, Dieu est au centre de tout et des bijoux en particulier. Des scènes de la Bible telles que l’Annonciation, la Nativité ou encore l’Assomption de la Vierge sont peintes sur les bijoux et c’est donc autour de l’amour de Dieu que les bijoux sont pensés et façonnés.

Mais rassurez-vous, si la piété a ralenti le développement créatif, elle n’en a pas pour autant freiné les ardeurs des amoureux de l’époque. C’est ce que nous rappelle par exemple le Portrait de la Fornarina réalisé par Raphaël en 1518. Sa maîtresse représentée nue n’est habillée que d’un bracelet de bras portant l’inscription « Raphaël d’Urbino » comme si l’auteur de l’œuvre cherchait à marquer sa possession avec ce bijou… Mais ce n’est pas tout : la Fornarina arbore une bague à l’annulaire gauche : l’homme qui serait mort de ses ébats sexuels était donc aussi un grand romantique qui s’exprimait en bijoux !
 

Méditations poétiques au XIXème siècle

A partir du XIXème siècle, la créativité des artisans-bijoutiers s’envole et embrasse des univers plus divers et plus originaux grâce à la redécouverte de créations ou de savoir-faire anciens et abandonnés au cours de l’Histoire : les artisans se replongent dans des techniques plus ancestrales, par exemple autour de l’émail. Grâce au large panel de bijoux disponibles, ils gagnent de plus en plus le cœur des consommateurs qui commencent à les percevoir comme l’accessoire indispensable pour égayer une tenue. C’est d’ailleurs à cette époque qu’apparaît la distinction entre la joaillerie (bijoux du soir) et la bijouterie (bijoux de jour).

La très-chère était nue, et, connaissant mon coeur,
Elle n’avait gardé que ses bijoux sonores,
Dont le riche attirail lui donnait l’air vainqueur
Qu’ont dans leurs jours heureux les esclaves des Maures.

Les Bijoux, Charles Baudelaire

Accepté comme une pièce de coquetterie et de mode, le bijou conserve également son rôle sentimental et le voit même amplifié sous l’influence du courant romantique. Le bijou permet alors d’exprimer des sentiments exacerbés que François Désiré Froment-Meurice traduit à merveille à travers ses créations d’orfèvrerie. Exaltés par le nouvel esthétisme des bijoux, les poètes se livrent à l’éloge des créateurs à l’instar de Victor Hugo qui rend hommage à François Désiré dans Les Contemplations. De son côté, Baudelaire s’engoue autour de la nature sensuelle des créations dans son poème Les Bijoux dont la teneur érotique lui vaut d’être censuré en 1857 pour « atteinte à la morale publique ». Mais peut-on le blâmer d’être subjugué par « la très-chère nue » qui « connaissant son cœur, n’avait gardé sur elle que ses bijoux sonores, dont le riche attirail lui donnait l’air vainqueur » ?

 

Evolutions contemporaines : le bijou pour tous !

La Peregrina au cou d’Elizabeth Taylor dans Anne des Mille Jours (1969)

Si nous devions retracer l’histoire du bijou sur le dernier siècle, nous serions pris de vertiges à faire pâlir un Pascal face à l’infiniment grand. Les bijoux Art Déco qui s’inspirent du cubisme ou du fauvisme après la première guerre mondiale, les bijoux Tank de l’entre-deux-guerres, l’arrivée du bijou fantaisie, l’essor du bijou contemporain… Et tout cela sans parler des distinctions intra-genres liées aux choix des motifs, des matières, des formes ou encore des savoir-faire privilégiés ! Bref, vous l’aurez compris, la tendance actuelle est à la liberté. Liberté dans la variété de choix, liberté dans la gamme de prix, liberté dans la façon de consommer. Car oui, la véritable nouveauté de notre siècle c’est que le motif de l’achat a changé. Le bijou ce n’est plus seulement un cadeau de Monsieur pour Madame (même si on ne dit pas non). S’il doit encore être un cadeau, c’est avant tout un cadeau que l’on peut se faire à soi : le bijou a atteint une sorte de statut supérieur, universel. Porteur d’histoires et de messages, il a dépassé le rôle de simple agrément pour devenir une déclaration en soi.

Et quel plus bel exemple que celui d’Elizabeth Taylor dont le plus grand amour ne fut pas Mike Todd ou Richard Burton mais bien les bijoux ! Sa collection unique de bijoux est à elle seule un livre rempli de délicieuses histoires. La fameuse perle Perigrina acquise pour elle par Richard Burton en 1969 a traversé le temps et l’espace depuis sa découverte dans le golfe de Panama en 1579. Passée au cou de la princesse d’Espagne puis aux mains de Napoléon I, elle manque de finir avalée par le chien de l’actrice…  L’occasion cocasse de rappeler que les bijoux portent avec eux la mémoire du monde.

Pendant aux oreilles, se balançant dans les décolletés, accompagnant le geste de leurs cliquetis, ils vécurent heureux et racontèrent beaucoup d’histoires.

La sélection bijoux de Manora