Notre rencontre avec Patrizia Rovere a piqué notre curiosité. Après avoir échangé avec de nombreux céramistes, nous entendions parler pour la première fois du four anagama… C’est donc tout naturellement que l’équipe de Manora a eu envie de partager avec vous l’histoire de ce four au nom intriguant !

Four anagamaMais avant tout, qu’est-ce qu’un four anagama ? Anagama signifie littéralement en japonais « four à trou ». Ce four est d’abord reconnaissable grâce à des caractéristiques physiques qui lui sont propres. Composé d’une chambre unique et d’une cheminée, il est construit en terre, en grès par exemple, car il doit être capable de résister à de très hautes températures. Patrizia Rovere a par exemple construit son four elle-même ! C’est un four « à flamme directe », c’est à dire que les flammes traversent les pièces à cuire avant de s’échapper par une cheminée. On pense que sa forme couchée horizontale vient du fait qu’on commence par en réaliser là où il y a des grottes et notamment en Chine, la topographie du pays s’y prêtant bien, dès le XVIIe siècle avant J.C !

L’utilisation d’un four anagama permet d’obtenir d’impressionnants résultats sur la terre cuite sans utiliser d’émaux grâce à la particularité des oxydations et des réductions dans un tel four. Lorsque le four est alimenté au bois, il consomme énormément d’oxygène. Mais, si le four est fermé, le feu doit trouver de l’oxygène là où il peut et en l’occurrence dans les molécules d’eau présentes dans la terre qui est entrain de cuire ! C’est cette réduction qui change la nature et l’apparence de la terre qui est pénétrée plus profondément par le feu. En revanche, si le four n’est pas réalimenté en continu, l’atmosphère dans le four deviendra oxydante. C’est donc un cycle d’oxydo-réduction très particulier qui demande l’attention du cuiseur !

Rizu Takahashi et Patrizia Rovere céramistes four anagama

L’attention du cuiseur est en effet essentielle pour une telle cuisson. Une cuisson lente puisqu’elle dure 4 jours et 4 nuits consécutifs. On comprend donc rapidement qu’on ne parle pas du mais des cuiseurs, c’est un réel travail d’équipe d’entretenir ce feu et de suivre la cuisson des céramiques ! Ainsi, durant les 96 heures de cuisson, 4 équipes de 2 personnes se relaient toutes les 6h pour alimenter le four de Patrizia ! Cette cuisson est aussi présentée par ceux qui la réalisent comme une aventure humaine riche. C’est un moment de partage, un moment convivial intense à proximité d’un feu qui monte jusqu’à 1350°C à l’intérieur et encore 60°C dans son extérieur proche ! Une chaleur presque étouffante donc et un travail de longue haleine qui font de la cuisson au four anagama une expérience bien singulière.

Mais la cuisson n’est en fait que la deuxième longue étape de ce processus. Si l’on prend les événements dans l’ordre, le remplissage du four lui-même demande déjà un temps considérable puisqu’il faut réfléchir en amont au passage des flammes, à la répartition des cendres sur la matière pour que le tirage soit optimal. Pour un four de la taille de celui de Patrizia, le temps d’enfournement est aussi long que le temps de cuisson pour placer avec minutie, délicatesse et méthode les mille pièces que peuvent contenir le four ! La sculpture Vie de Patrizia a par exemple été mise à l’avant du four ce qui fait qu’elle a été entièrement recouverte de cendres. C’est cela qui permet d’obtenir de belles coulures qui donnent l’impression que le grès a été émaillé alors que c’est l’unique intervention du feu qui a permis d’obtenir ce résultat particulier.

Pièces dans un four anagama

Enfin, lorsque la cuisson est finie, il faut attendre pas moins d’une semaine que les pièces refroidissent ! De l’enfournement des pièces à leur sortie du four, il y a donc au moins 15 jours qui s’écoulent et ce, sans même encore parler du temps de façonnage de la terre en amont, des différents séchages… Un travail titanesque !

Le choix de cette cuisson est aussi le choix d’un dur labeur mais un labeur adoré par les participants qui partagent cette expérience unique. Patrizia parle même d’une tristesse à la fin de la cuisson car c’est aussi la fin de ce moment de partage. Elle illustre parfaitement le fameux adage de Confucius : « Choisis un travail que tu aimes, et tu n’auras pas à travailler un seul jour de ta vie. »

Découvrez le four anagama en action

Retrouvez des créations cuites au four anagama