Il y a à peine 3 mois, Agate lance officiellement Noir d’Orion, une marque d’accessoires en cuir que la créatrice imagine et réalise à la main dans son atelier parisien.

Comme de nombreux artisans que nous avons rencontrés, Agate est une reconvertie. Si elle était déjà manuelle et créative dans son enfance, elle grandit dans un milieu où l’artisanat est méconnu et ne se présente pas comme une voie d’études supérieures. Agate commence donc par faire des études dans le secteur de la culture et la gestion d’entreprises culturelles. Après 9 ans de carrière dans l’industrie de la musique, la créatrice en devenir ressent qu’elle évolue dans un métier qui lui correspond de moins en moins et commence à reprendre goût aux travaux manuels d’abord en guise de hobby lors de cours de couture du soir avant de finalement s’inscrire au CAP. Pendant 2 ans, elle suit des cours de couture tous les soirs pendant 3 heures. Alors qu’elle suit un chemin sinueux, il suffira pourtant d’une journée à Agate pour avoir un véritable déclic. « J’ai effectué un stage d’un jour chez un sellier maroquinier et à la fin de cette journée, je savais que je voulais travailler le cuir de la même façon que la personne qui m’a transmis son savoir-faire avec tant de passion. »

besace en cuir noire haut de gammeAfin d’accélérer sa formation, Agate travaille un an en alternance dans une grande maison de maroquinerie française et suit en même temps une formation accélérée dans une école. À la fin de cette année, la jeune créatrice n’a plus seulement la conviction qu’elle souhaite fabriquer des sacs mais aussi la conviction qu’elle souhaite être indépendante et concevoir ses propres pièces. C’est le début de l’aventure Noir d’Orion.

Simplicité, intemporalité et harmonie, voici la version du luxe, calme et volupté baudelairien d’Agate qui qualifie ses pièces de « reposantes ». « Je suis toujours à la recherche d’une harmonie, d’une forme de pureté dans l’exécution et dans l’esthétisme de mes pièces, c’est vraiment cela que je recherche. », nous explique-t-elle. Chaque pièce, noble dans la sobriété, est parachevée d’un détail qui va faire toute la singularité et le caractère de la création. Ce qui importe avant tout à la créatrice est en effet de transmettre les valeurs qui lui tiennent à cœur à travers chaque pièce. « Pour moi, l’essentiel réside dans l’exigence dans la réalisation mais aussi dans les matériaux utilisés. Je perpétue un savoir-faire qui m’a été transmis et je souhaite l’honorer. », nous confie-t-elle. Un mot d’ordre donc, l’exigence, pour cette créatrice rigoureuse qui s’attarde sur chaque pièce, sur chaque détail, sur chaque finition qu’elle réalise à la main quitte à prendre plus de temps. C’est le temps de la qualité et de la noblesse.

Pochette en cuir féminine et éléganteEt du temps, il en faut à Agate pour réaliser chaque pièce à partir du procédé millimétré qu’elle a partagé avec nous. L’artisan-créatrice commence par construire le modèle dans sa tête avant d’en réaliser une esquisse puis un dessin grandeur nature qui lui permet de travailler les proportions. Elle ajoute ensuite une troisième dimension grâce à une maquette en papier de son modèle qui lui permet d’appréhender les volumes. Elle réalise enfin une ultime maquette dans une matière proche du cuir qui lui permet d’étudier la faisabilité technique de la pièce. À partir de ces éléments, Agate monte un dossier technique afin d’établir gabarits, refentes, parages et gammes opératoires.

Et ce n’est qu’après ces premières et longues étapes que la créatrice peut faire ses gabaries et réaliser son premier prototype en cuir ! « Souvent, le premier jet ne fonctionne pas, je dois faire, défaire, refaire, jusqu’à obtenir le modèle que j’ai en tête. », précise l’exigeante exécutrice.

Une fois le modèle arrêté, Agate prépare son cuir grâce à deux étapes essentielles : la refente et le parage. La refente permet de désépaissir le cuir sur toute la surface de la pièce. «« Au départ, les peaux que j’utilise font entre 3 à 4 mm d’épaisseur. C’est beaucoup trop lorsqu’on sait qu’il faut parfois assembler 6 ou 7 pièces entre elles. Si on ne désépaissit pas ou pas suffisamment le cuir, on se retrouve avec un sac lourd et peu élégant (en maroquinerie, on parle d’un “steak” !). En même temps, si on désépaissit trop, le sac est fragilisé. Il y a une équilibre à trouver, qui s’appréhende avec le temps et l’expérience. », nous explique Agate. Le parage sert quant à lui à désépaissir une zone précise du cuir : les bords. Cette technique réalisée à l’aide d’une machine et d’un couteau à parer permet d’affiner la tranche, de créer du relief, « c’est chouette à maîtriser car on peut même contrôler la façon dont la lumière se reflète sur le cuir ! », s’enthousiasme la créatrice.

« J’aime prendre le temps, j’adore réaliser mes sacs à la main surtout l’étape de la mise en volume. C’est magique à chaque fois, j’ai l’impression de donner naissance. »

Agate s’attaque ensuite à l’encollage, à l’assemblage et aux finitions. Vous ne vous étonnerez pas que cette créatrice rigoureuse s’attarde sur les finitions de sorte à obtenir une pièce d’exception. « Lorsque on assemble plusieurs couches de cuir, on ne laisse pas la tranche brute, ce n’est ni joli ni agréable au toucher. Je la travaille jusqu’à ce qu’elle devienne lisse et douce, et que les différentes épaisseurs aient l’air de fusionner.» nous explique-t-elle avec pédagogie.Agate ponce d’abord la tranche pour qu’elle soit bien droite et casse les arêtes pour obtenir un effet bombé. Elle créé ensuite un filet le long de la tranche avec un outil chauffant qui va consolider l’encollage. Puis elle applique une couche de teinture de la même couleur que le cuir pour rendre l’assemblage invisible et chauffe la tranche avec un fer qui va lisser la teinture. Elle réitère ensuite le processus (ponçage, teinture, lissage) autant de fois que nécessaire pour obtenir un résultat satisfaisant. Enfin, elle applique de la cire d’abeille pour lustrer la tranche et l’imperméabiliser. Bout à bout, ne serait-ce que pour la réalisation, il faut parfois une semaine de travail à Agate pour réaliser un sac ! « C’est un temps que j’aime prendre, j’adore réaliser mes sacs à la main surtout l’étape de la mise en volume. C’est magique à chaque fois, j’ai l’impression de donner naissance. », nous confie-t-elle.

porte-monnaie en cuir tendance noirL’exigence de la créatrice se retrouve dans son rapport à la matière qu’elle inscrit dans une démarche éthique. « La maroquinerie peut être extrêmement polluante, je réduis mon empreinte écologique en apportant un grand soin au choix de mes matériaux. ». Les fournisseurs d’Agate sont ainsi exclusivement français. Les peaux viennent de vaches normandes et sont tannées par une entreprise française en Dordogne. Les éléments en métal utilisés pour les finitions métalliques telles que les boutons pression ou les fermetures à glissière sont également made in France. La caractéristique majeure du cuir choisi par l’artisan maroquinier est qu’il s’agit d’un cuir tannage végétal, un cuir de vachette transformé à partir d’ actifs naturels récoltés dans l’écorce ou dans des feuilles de végétaux (mimosa, acacia, chêne). « Au-delà de l’aspect éco responsable de ce cuir, je trouve qu’il a un charme incomparable. C’est un plaisir de le travailler et c’est un plaisir pour celui qui le porte, il a un contact bien plus doux et chaleureux que le cuir tanné au chrome. », nous explique Agate.

petit sac bleu nuit en cuirLe rapport à la technique et à la matière est ainsi au cœur de Noir d’Orion, une marque au nom intriguant et à l’histoire riche qu’Agate nous a confiée. « Noir d’Orion, c’est une longue réflexion, ça évoque plein de choses que j’aime. D’abord, je recherchais un nom français pour qu’il s’accorde avec les valeurs que je défends. J’avais envie d’inventer une expression qui ne soit pas figurative mais qui puisse déclencher un imaginaire. J’ai choisi d’associer deux mots qui me parlaient. Orion, la constellation du chasseur, qui évoque mon goût pour l’astronomie et les phénomènes cosmiques. Et noir, tout simplement parce que j’adore le noir, en tant que couleur et en tant que climat, dans les arts visuels comme dans la musique, la littérature… » À ces explications riches s’ajoutent le goût pour la musique de cette reconvertie de l’industrie musicale qui fait un clin d’œil à l’album La mort d’Orion de Gérard Manset et son goût pour les jeux de mots et notamment le palindrome que vous pouvez deviner dans le nom de la marque…

Incollable sur son savoir-faire, il est plus difficile pour Agate d’expliciter ses inspirations. « Les inspirations sont difficiles à cibler, l’inspiration est partout, dans la forme d’un accoudoir, dans l’association de couleurs sur un bâtiment… ». Après un temps de réflexion, la créatrice nous explique finalement que son inspiration vient surtout en travaillant et encore plus dans sa façon de travailler. Agate aime en effet se mettre des contraintes techniques pour trouver des solutions à un problème et nous citerons Baudelaire pour la deuxième fois qui disait « Parce que la forme est contraignante, l’idée jaillit plus intense. » Pour illustrer son propos, Agate se souvient de sa première collection Hélios dans laquelle elle a l’idée d’associer la porcelaine et le cuir tannage végétal. « J’ai dû apprivoiser des matières que je ne maîtrisais pas et qui ont leurs contraintes propres. Une fois que la matière a imposé ses contraintes, c’est à moi de suivre. », nous explique-t-elle. Alors qu’elle nous raconte cette anecdote, nous nous rendons compte que la créatrice a fait appel à une artisan que nous connaissons bien pour réaliser les parties en porcelaine de ses sacs puisqu’il s’agit d’Isabelle, la créatrice de Monochromatiques !

Rencontres d’exigence et de sensibilité, les créations d’Agate sont d’une rare noblesse, d’une rare beauté et vous accompagneront très très très longtemps.

Portrait d'Agate, créatrice de Noir d'Orion